Révolution au Burkina, silence radio dans les deux Congo

Ils étaient une bonne poignée de chefs d’État africains, tentés de faire sauter les verrous de la limitation de mandat pour s’éterniser au pouvoir. Depuis fin octobre passé, on en compte un de moins, le peuple du Burkina Faso ayant vaillamment fait barrage à Blaise Compaoré qui finalement aura eu à son compteur 27 années de gestion mitigée. Si le monde entier a suivi en temps réel, avec intérêt la chute du « Médiateur », c’est n’est pas exactement le cas pour les populations des deux Congo où les dirigeants essaient de « contrôler » l’information.

Il est presqu’un secret de polichinelle d’affirmer que les présidents Sassou Nguesso et Joseph Kabila souhaitent rempiler pour de nouveaux mandats à la tête de leurs pays respectifs. Si leurs stratégies de confiscation du pouvoir restent pour le moment encore assez subtiles, l’un et l’autre ont déjà avancé les premiers pions comme pour tâter le terrain, bref pour sonder les réactions de l’opinion nationale et internationale.

En effet,  dans Jeune Afrique, on peut lire que les partisans du président de la République du Congo avancent déjà trois arguments :

  1. Lors de la précédente élection, en 2009, tous les candidats s’étaient – quoique pour des raisons très diverses – prononcés pour une modification de la Constitution en vigueur, qui, entre autres dispositions, interdit au président sortant de briguer un troisième mandat.
  2. Ladite Constitution étant verrouillée par un article spécifique, il faudra passer par un changement de régime (de présidentiel à semi-présidentiel), ce qui constitue un « progrès démocratique », puis par un référendum.
  3. Le nouveau texte fondamental ne comportera plus de clause limitative du nombre de mandats, et verra également assouplies certaines restrictions, comme la limite d’âge, qui empêchaient quelques personnalités de l’opposition de se présenter en 2016. Il va de soi aux yeux des pro-Sassou que le « bon » candidat sera celui qui offrira toutes les garanties de préservation des « acquis essentiels : paix, sécurité, développement».

Mais son opposition ne l’entend pas de cette oreille et affûte sa riposte à travers alerte à la vigilance et autres contestations.

Quant à son voisin de la République Démocratique du Congo, il « ruse » pour le moment avec son peuple, entre renouveler un troisième mandat présidentiel et prolonger l’actuel qui va à son terme en 2016. Ainsi on peut lire toujours dans Jeune Afrique, à propos du livre, « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation » d’Évariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel, que la polémique sur la modification de la constitution est relancée; position que Sébastien Lusanga, lui-même porte-parole de la Majorité présidentielle (MP) croit nuancer : « C’est un procès d’intention. Pour l’heure, la question de la révision constitutionnelle n’a pas été discutée ni au PPRD (parti politique de Joseph Kabila, NDRL) ni à la MP. C’est simplement un citoyen congolais qui a décidé de dire tout haut ce qu’il pense » avant de souligner toutefois que « toutes les Constitutions du monde, même les plus vieilles, sont sujettes à des révisions pour les adapter aux circonstances du moment ». De toute façon, là également, l’opposition et les organisations de la société civile veillent au grain. « Toucher à la limitation du nombre et de la durée des mandats du président de la République risquerait de porter un coup dur à la cohésion nationale.» rétorque Félicien Mwanama.

Ces velléités de confiscation du pouvoir peuvent-elles encore prospérer sur le continent ?

Ce n’est plus évident, depuis la révolution du Burkina Faso qui a emporté celui qu’on dit « fin stratège », Blaise Compaoré. Commencées en 2013 par les prises de position fermes des partis de l’opposition, les manifestations de ceux qui au départ, sont appelés les « anti-référendaires » sont allées grandissantes jusqu’à la semaine décisive du 28 octobre 2014. Pour rappel, l’ultime épisode du film qui a obligé Compaoré à jeter l’éponge a démarré le 21 octobre par l’annonce du gouvernement burkinabè de présenter un projet de loi visant à modifier l’article 37 de la Constitution afin de permettre de nouveaux mandats au président sortant. La réponse du peuple a été immédiate et vive ; des manifestations spontanées ont embrasé la capitale Ouagadougou et d’autres villes comme Bobo Dioulasso où la statue de Blaise sera déboulonnée – il ne pouvait y avoir pire présage – le 28 octobre. Ce jour, à l’appel des partis politiques de l’opposition et de la société civile, une foule monstre a envahi la « Place de la Nation » pour dissuader une énième fois la majorité présidentielle – avez-vous vu vous de majorité présidentielle durant cette crise ? – de renoncer à la modification de la constitution. Que nenni, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) et ses affidés maintiennent le vote à l’assemblée. Le 30 octobre, le rubicon a été franchi et la colère du peuple comme un tsunami, a déferlé sur les institutions de l’État. Seule la « Grande muette » quoique secouée aura tenu faisant venir à la lumière le Lieutenant-colonel Zida, jusqu’alors très peu connu du grand public. Compaoré dans une dernière tentative désespérée de se maintenir, prendra la fuite vers la Côte d’Ivoire en début d’après-midi de l’historique date du 31 octobre 2014 dans les annales du Burkina Faso.

Voila, le récit de la triste chute de l’un des dictateurs africains qui pendant 27 ans a fait et défait les régimes sur le continent noir. Ce récit, les citoyens des deux Congo à l’instar des autres peuples d’Afrique et même du monde ont le droit aussi de le savoir pour prendre en main leur destin. A l’ère de l’internet et des réseaux sociaux (dont notre plateforme Mondoblog), viles sont les tentatives des dirigeants de ces pays de l’Afrique Centrale de bâillonner l’information. La révolution est déjà en marche, ce n’est plus qu’une question de temps. Mieux encore, pour parler comme un « Gondownais » de Mamane, je dis : « Au suivant… ».

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