Togo, la révolution n’est pas pour demain ?

Vers la fin de l’année 2014, le peuple burkinabè a donné le ton de la révolution en Afrique subsaharienne en faisant vaillamment barrage à Blaise Compaoré. Depuis, les peuples sur le continent noir rêvent de dissuader les velléités affichées de certains chefs d’État de présider indéfiniment aux destinées de leurs pays. Si cette détermination est en passe de prospérer en République démocratique du Congo et vraisemblablement au Burundi, le Togo risque une fois encore de faire démentir les pronostics; Ouagadougou n’étant pas Lomé diront les supporters du pouvoir en place.

En moins d’un retournement spectaculaire de situation,  les réformes constitutionnelles et institutionnelles chères à l’opposition au Togo sont reportées aux calendes grecques. D’ailleurs certains opposants et pas des moindres, n’en font plus forcément une condition préalable à leur participation à la prochaine élection présidentielle. Désormais les regards sont tournés vers la joute électorale qui se prépare. En effet, le Conseil extraordinaire des ministres qui vient d’être tenu cette semaine à Pya, village natal de la famille Gnassingbé, à plus de 400 km de la capitale Lomé convoque le corps électoral pour le 15 avril 2015 et dans la foulée, la Commission électorale nationale indépendante fixe la date de clôture de dépôt des candidatures au 28 février.

Il n’y a plus de doute que le régime presque cinquantenaire au Togo, le RPT/UNIR vient de reprendre du poil de la bête, car ce 25 février au chef-lieu de cette même localité à Kara, ses militants au cours de la convention du parti ont investi leur « champion » Faure Gnassingbé qui rempile pour un troisième mandat successif. Beaucoup d’eau a certainement coulé sur le pont depuis la rencontre inattendue en novembre 2014 au palais de la présidence entre le chef de l’État et le chef de file de l’opposition Jean-Pierre Fabre. A cette époque, les médias ont  parlé du président sortant comme d’un homme nerveux, fébrile et plein de doute quant aux pressions qu’il recevrait des chancelleries occidentales. Mais finalement, Faure est bien dans la place. En acceptant le choix que viennent d’opérer ses soutiens, le président candidat vient de renvoyer l’opposition, le peuple togolais et la communauté internationale à leurs tergiversations.

A cette allure, l’alternance politique tant souhaitée au Togo n’est pas pour demain. C’est ce que réaffirmait quelques semaines déjà dans togobreakingnews.com, l’ancien ministre de la Communication Djimon Oré repassé depuis dans l’opposition qui déclarait : « Les résultats de la présidentielle 2015 sont connus et seront les mêmes. » Eh oui! comment peut-il en être autrement si les acteurs en face refusent de prendre leur part de responsabilité ?

Une union de façade

C’est peu dire de l’opposition togolaise qu’elle se montre incapable de porter les aspirations fortes du peuple. Non, ils sont bien loin ces messieurs et dames de prendre la juste mesure de l’ultime enjeu qui se pointe, pire ils font le jeu des tenants du pouvoir au point qu’ils peuvent être taxés de leurs complices. En effet, alors qu’une énième fois les voix aussi bien à l’intérieur du pays que dans la diaspora n’ont cessé de relayer le désir ardent des populations de voir cette opposition – peu importe aussi diversifiée qu’elle le prétende -, fédérer ses forces pour la conquête et l’exercice du pouvoir, c’est plutôt un lamentable déchirement qu’elle offre à l’opinion nationale et internationale. Pourtant, pendant plusieurs mois au cours de l’année passée, ces éternels opposants – cela 25 années que cela dure – ont entretenu l’espoir de parvenir à une unicité de stratégie. Peine perdue, car ce fut une fois encore juste une union de façade qui confrontée à leur ego surdimensionné traduit par  « C’est personne d’autre si ce n’est moi« , leur malsain combat pour le leadership et les coups bas à répétition, a volé en éclats. Comme à leur habitude, ils passent le clair de leur temps à s’invectiver, à se neutraliser et à continuellement décevoir l’espoir placé en eux par le peuple. Bien plus ridicule encore, est la récente rhétorique qui oppose les pour et les contre le boycott de l’élection présidentielle prochaine, alors qu’en ce moment crucial, la seule question intelligente qui vaille d’être posée est comment l’un et l’autre camp compte amener le régime en place et par ricochet son premier responsable à mettre le Togo sur la voie d’un État démocratique respectable et respecté. L’opposition au Togo montre une fois encore ses limites en matière de stratégie. Et comme le lui rappelle ironiquement son seul et véritable adversaire lors de son investiture, il revient à l’opposition tant qu’il lui est encore possible de prendre ses responsabilités, de transcender ses clivages, de faire front uni si elle veut que lui soit accordé un minimum de crédit.

Au demeurant, la responsabilité des échecs successifs d’une alternance démocratique pacifique au Togo ne pourrait être attribuée aux seuls opposants, même si souvent leurs convictions politiques laissent à désirer. En effet, quand on a en face un régime aussi vieux que clientéliste comme le RPT/UNIR, on est en droit d’aboutir à la réflexion que fait Jonas Siliadin : « Togo, démocratie impossible? »

Et si la majorité des Togolais, dépités continuent par se demander ce qu’a fait leur cher pays pour souffrir d’une si grande indifférence de la part d’une communauté internationale incohérente, celle-ci pourra aussi leur faire le rappel élémentaire que, chaque peuple mérite ses dirigeants.

2 commentaires

  1. Un vrai gâchis pour ce pays ! 25 ans ou 50 ans que ça dure. Oui, l’opposition y a sa part de responsabilité, mais le vrai responsable de ce drame c’est bien le régime RPT-UNIR ou UNIR-RPT qui a peur de quitter le pouvoir un jour. J’espère que Lomé démentira la littérature historique qui démontre que même les pouvoirs séculaires se croyant les plus « durs » ont fini par « tomber » un jour !

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